Sotchi ne fera pas avancer la cause des droits de l’homme en Russie

Published on Opinion Internationale | Dec 9, 2013

Contactée par téléphone, Svetlana Gannushkina a répondu à nos questions sur la situation des droits de l’homme en Russie.

Svetlana Gannushkina

Svetlana Gannushkina

Vous avez fait beaucoup pour aider les réfugiés arméniens et azéris lors de la guerre du Haut-Karabagh (1988-1994) et les réfugiés tchétchènes au cours du premier (1994 – 1996) et du deuxième (1999-2007) conflit en Tchétchénie. Quels sont les problèmes principaux auxquels doivent faire face les migrants et les réfugiés en Russie aujourd’hui ?

Le problème principal est l’absence de politiques migratoires, puis le manque d’institutions dédiées à l’asile, la corruption qui existe autour des migrations de main d’oeuvre et l’absence de lois sur le rapatriement. C’est à cause de cela que beaucoup de personnes venant d’autres pays restent en Russie et deviennent [de facto] des Russes pendant vingt ans, [mais] sans aucun statut, aucune nationalité ni rien de similaire.

Vous avez été l’un des membres du Conseil Présidentiel pour la Société Civile et les Droits de l’Homme. A votre avis, ce conseil peut-il vraiment aider à mettre en place un dialogue entre le gouvernement russe et les défenseurs des droits de l’homme dans le pays ?

Je ne fait plus partie du Conseil Présidentiel. J’en ai été membre pendant dix ans, mais quand Poutine est redevenu président, en 2012, j’ai quitté le conseil parce qu’à mon avis il n’était pas prêt à écouter et à suivre nos conseils. Cela n’avait plus de sens de rester membre du Conseil.*

Pensez-vous que ce Conseil a encore la possibilité d’aider à la communication entre les institutions et les organisations des droits de l’homme ?

Ce que je vois aujourd’hui, c’est que les membres du Conseil sont très professionnels et possèdent des connaissances solides. Le Conseil fait de son mieux, travaille dur, et pourtant pour l’instant il n’obtient toujours pas de résultats. C’est pour cela que je l’ai quitté.

Les Jeux olympiques d’hiver qui auront lieu à Sotchi en février prochain sont déjà au centre de plusieurs critiques à cause d’une loi contre la « propagande » homosexuelle auprès des mineurs approuvée en juin dernier, et plus généralement à cause de la situation des droits de l’homme en Russie. Pensez-vous que Sotchi 2014 pourra aider à attirer l’attention de l’opinion internationale sur l’état des droits humains en Russie ?

Non, je pense que cela n’aidera en aucune manière. Si une attention était portée aux violations des droits de l’homme, les leaders internationaux ne prendraient pas part à l’événement. Peut-être sera t-il possible pour des athlètes d’exprimer leur point de vue sur les droits humains en Russie.

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* Le Conseil Présidentiel pour la Société Civile et les Droits de l’Homme

Svetlana Gannushkina n’a pas été la seule à quitter le Conseil Présidentiel pour la Société Civile et les Droits de l’Homme entre mai et juin 2012. Une douzaine de membres ont abandonné leur siège au Conseil à la même période. Parmi eux Lyudmila Alexeyeva, 83 ans, activiste des droits de l’homme de longue date et candidate au Prix Nobel de la Paix cette année. D’autres membres, comme Elena Panfilova, directrice de la section russe de Transparency International, ont également menacé de démissionner de leurs fonctions. Les raisons invoquées par les démissionnaires reposent sur deux arguments : le premier, comme dans le cas de Svetlana Gannushkina, a été le retour de Vladimir Poutine à la présidence ; le deuxième est le manque de transparence de la nouvelle méthode de sélection des membres du Conseil, qui s’effectue à travers un vote des candidats sur internet et puis certains d’entre eux sont choisis par le Président.

Le Conseil Présidentiel pour la Société Civile et les Droits de l’Homme est chargé de renseigner le Président sur l’état des droits humains dans le pays et de le conseiller sur les moyens de protection des droits et des libertés fondamentales et de développement des organismes de la société civile. Les recommandations du Conseil n’ont pas de pouvoir contraignant, mais grâce à l’action de ses membres il a réussi par le passé à s’exprimer de façon critique sur des sujets délicats concernant les droits de l’homme en Russie.



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