« En Australie, un Aborigène a cinq fois plus de chances d’aller en prison »

Published on Opinion Internationale | Dec 17, 2013

Interview de Donald Clark, co-fondateur de l’association Indigenous Social Justice Association (Australie) et lauréat du prix des droits de l’homme de la République française, qui se bat contre les discriminations des Aborigènes décédés en prison.

Donald Clark © Alain Elorza

Donald Clark © Alain Elorza

Pouvez-vous nous décrire les conditions dans lesquelles les Aborigènes sont détenus et le risque qu’ils encourent à mourir en prison ?

Dans les prisons, malgré ce que dit le gouvernement  il y a du racisme, et il y a des gangs, il y a des gangs des îles du Pacifique, il y a des gangs vietnamiens, des gangs maori, des gangs de Nouvelle-Zélande et des gangs aborigènes et non aborigènes. Souvent ils s’unissent les uns contre les autres du coup, si jamais un Australien dit que ça n’existe pas, c’est faux.

La situation des Aborigènes est telle que dans tous les gangs et même avec la participation de la “Royal Commission into aboriginal deaths in custody” (Commission Royale sur les Aborigènes morts en détention)  et avec tout le travail réalisé par les ONG, ils sont au bas de l’échelle de la société et sont souvent victimes d’insultes racistes pas seulement de la part d’autres prisonniers – ce à quoi on peut s’attendre – mais aussi de la part du personnel pénitentiaire, des gardiens par exemple.

Le gouvernement local a mis en place des programmes qui doivent en principe aider à la réhabilitation des prisonniers, finançant ainsi les coupes budgétaires successives. La plupart de ces programmes sont développés par des non Aborigènes qui souvent méconnaissent les problèmes auxquels les Aborigènes font face.

Du coup, alors qu’un grand nombre d’Aborigènes va et vient en prison, ils sont récidivistes, et c’est un cercle vicieux, parfois ils se sentent plus heureux en prison parce que disent-ils ils ont le temps pour tout, ils ont d’une certaine manière le contrôle sur leurs vies. Dans le même temps, les attitudes et la mise en place des programmes de réhabilitation sont très mauvais et ont tendance à empirer avec le temps.

Ces gens sont victimes parce qu’ils meurent en prison, ils souffrent de discrimination et de mauvaises conditions de détention mais dans le même temps, ils ont été condamnés pour un délit ou un crime, donc il y a un jugement public sur eux ou sur leurs familles. Comment gérez-vous cela ?

Je n’ai pas dit que les Aborigènes étaient nécessairement innocents. Il y a de nombreux Aborigènes qui sont jugés criminels dans leur intention, dans leur comportement, dans leurs personnalités. Nous disons souvent “Si tu as commis un crime, tu dois exécuter ta peine”. Ce n’est pas tant par rapport aux criminels qui sont condamnés que je me bats. Cependant, en Australie, un Aborigène a cinq fois plus de chances d’être envoyé en prison, environ dix fois plus de chances d’exécuter une peine plus longue et ça ce n’est pas normal. Donc nous disons, “Si tu as commis un crime, tu dois exécuter ta peine » mais avec un focus particulier non seulement sur la punition mais aussi sur la réhabilitation.

Nous ne demandons rien de spécial, nous en appelons à l’équité, à l’égalité, nous demandons des programmes de réhabilitation (directement) développés et mis en place pour être effectifs. Ce n’est pas grand chose, ils dépensent des millions pour des programmes qui ne marchent pas donc, il suffit de redéployer l’argent pour développer un nouveau programme qui marche. Mais ils ne le font pas, voilà donc notre problème ! Ce n’est pas tant par rapport aux gens qui vont en prison, il y a des criminels partout. Il s’agit plutôt de la manière dont ils sont traités une fois qu’ils sont en prison. Et je ne crois pas que nous suivions toujours les principes de la déclaration des droits de l’homme des Nations unies que l’Australie a ratifié parce qu’il y a des moments où j’ai vu de telles violences sur des personnes, pas nécessairement physiques mais aussi psychologiques.

Encore une fois, on ne peut éliminer complètement les méfaits de la part de personnes dont on est supposé attendre un comportement respectueux mais on ne peut pas les minimiser non plus.

Vous avez mentionné le rôle du gouvernement : Y a t-il des exemples où le gouvernement et le système carcéral australien collaborent avec votre organisation ?

Très peu. Les prisons sont tenues par les gouvernement locaux et nous sommes persona non grata dans les prisons. Ils ne nous laissent voir aucune personne qui aurait des problèmes. Quand on obtient des informations, c’est grâce à des membres de la familles ou des proches qui nous racontent les conditions auxquelles sont confrontés les prisonniers.



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